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Interview de Joakim en Belgique

Lors du passage de Sabaton en Belgique dimanche dans le cadre du jour metal des Lokerse Feesten (festival musical de 10 jours se déroulant à Lokeren), Joakim a pris le temps de répondre aux question du webzine belge Ashladan. Voici l’interview traduite du néerlandais par nos soins.

Sabaton était la tête d’affiche du jour metal des Lokerse Feesten mais a passé la journée sur le site, l’occasion de discuter avec les musiciens du succès de leur dernier album, de son successeur en préparation, du split qui a conduit à la formation de Civil War et de la vie en tournée ! Le chanteur Joakim Brodén se présente à nous en training. Un homme très sympatique qui a accepté de répondre à toutes nos questions.

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Commençons par parler de Carolus Rex. L’album est sorti il y a un peu plus d’un an. Quelles ont été les réactions des fans et des critiques par rapport aux précédents albums ?

L’album a naturellement eu plus d’impact en Suède que dans le reste du monde car nous en avons fait une version en suédois et le CD parle de l’histoire suédoise. Ca a engendré un énorme buzz médiatique en Suède. Dans le reste du monde on a connu le circuit habituel des nouvelles sorties : les gens commencent par dire « Oh, c’est très bon ! » puis ils disent « Ce n’est pas aussi bon que le précédent ou l’album encore avant » et puis au bout de six mois ils changent encore d’avis.  C’est toujours pareil, tu achètes un album, tu l’écoutes et tu aimes bien quatre ou cinq chansons dessus puis à force de l’écouter tu te rends compte que tu aimes de plus en plus de chansons. Il faut attendre au moins six mois pour que les gens finissent de se faire une idée dessus. Comme je le dis souvent : un an c’est une bonne période pour laisser les auditeurs se familiariser avec l’album et savoir s’ils veulent un nouvel album. Bien sûre en interview je dirais des trucs comme « C’est le meilleur album qu’on ait jamais fait» alors que ni moi ni les auditeurs n’avons encore eu le temps de le digérer. Impossible de savoir si on ne va pas se lasser de cet album. Il m’arrive parfois d’écrire une chanson et de me dire : « putain, elle est géniale » mais, alors qu’on n’a même pas fini de l’enregistrer je ne l’aime déjà plus.

Mais dans l’ensemble je suis satisfait des réactions engendrées par Carolus Rex, chacun a son opinion. Certaines personnes préfèrent Metalizer, d’autres préfèrent le son plus épique de Carolus Rex. Mais honnêtement je ne pense pas que quelqu’un puisse dire : « Merde, ce n’est pas un bon album ! »

Malgré que tu sois le chanteur, c’est toi qui écris la plupart des morceaux, comment fais-tu ? Tu as un studio pour enregistrer ?

Quand j’ai rejoint le groupe je ne chantais pas, je jouais du clavier. Et je joue de la guitare, pas dans un groupe mais avec des amis : un à la batterie, un à la guitare et on jam ! On joue pour le plaisir. Il m’est arrivé de jouer de la guitare en studio mais je suis incapable de faire un solo. Je ne sais jouer que de la rythmique.

Quand je m’ennuie, je fais de la musique. Les meilleurs moments pour écrire, pour moi, c’est quand je  m’ennuie. Je m’assieds et je n’ai pas besoin de beaucoup d’espace, un placard me suffit.  Pour être exacte, j’ai écrit The Art of War dans un placard (en réalité c’était une pièce d’à peine trois mètres carrés). Il me faut juste la place de mettre un ordinateur portable, deux haut-parleurs, une carte son, une guitare et un clavier. Avec seulement ça je peux faire tout. Je suis heureux de ne pas avoir besoin de « l’environnement créatif » dont certaines personnes ont besoin. Donnez-moi juste un ordinateur portable, un casque et une guitare !

Et quand tu écris pour un nouvel album tu as besoin d’un élément déclencheur ou bien quand tu te décides à écrire l’inspiration vient toute seule ?

Je ne sais pas si je vais avoir de l’inspiration  ou pas mais on a des échéances prévues. On doit connaitre notre calendrier de sorties au moins un an, voir un an et demi à l’avance. Notre dernier show avant la pause sera le 13 septembre avec Iron Maiden en Californie. Après ça on prend deux semaines de congés puis on se mettra à travailler sur le nouvel album.  On va faire un concert ou deux en novembre pour se vider la tête puis quelques shows en décembre puis direction le studio en janvier pour avoir fini à la mi-février. On ne croit pas que ça sert à quelque chose de passer six mois en studio.  On écrit puis on enregistre directement. On veut que le nouvel album soit prêt pour l’été prochain.

C’est bon à entendre ! Ça m’amène à la question suivante : vous avez déjà une idée ce que vous allez faire au niveau de la musique ou des paroles ? De quoi vous allez parler ? Ça sera un concept album comme Carolus Rex ou autre chose ?

On sait exactement ce qu’on veut faire ! Mais je ne vais pas dire ce que ça sera parce qu’il nous est déjà arrivé d’annoncer quelque chose puis, en cours de route, de changer pour une idée encore meilleure. Dans ce cas, des gens sont déçus parce qu’ils préféraient la première idée. Nous ne voulons pas mettre nos fans en colère.

Mais on a prévu quelque chose : ça va parler d’histoire et de guerre, rien de révolutionnaire là-dedans mais il y aura une autre touche dans les paroles.  Coat of Arms ne parlait que de la deuxième guerre mondiale, Art of War suivait le livre (ndlr: de Sun Tzu) et Carolus Rex suivait une période bien définie. Le nouvel album sera un mélange entre Art of War et Carolus Rex, les paroles suivront un thème général mais ne parleront pas d’évènements se déroulant tous à la même période.

Tu écris la plupart des paroles avec Pär.

Généralement oui. C’est comme ça qu’on a fait sur les deux derniers albums. Je ne sais pas pourquoi mais nous écrivons toujours ensemble.  J’ai une idée et lui vient vers moi en disant « je veux ça[» ! Et c’est comme ça qu’on écrit. Parfois c’est drôle parce que je revois écrit sur mes paroles « Fuck you Pär ».  Pour Poltava par exemple, j’avais écrit la mélodie vocale (il la fredonne) pour laquelle j’avais besoin d’un certain nombre de syllabes. Puis Pär arrive avec une autre mélodie (il fredonne la même mélodie mais avec plus de notes) : « Non !» On a l’habitude de devoir faire des compromis.

Mais ça fonctionne ?

Oui, je pense que Poltava – surtout en suédois – a les meilleures paroles que Pär ait écrites.

Quels groupes t’inspirent ? Dans Metal Machine, Metal Crüe et Metal Ripper tu cites de nombreux groupes classiques mais y a-t-il des groupes plus modernes que tu écoutes et dont tu t’inspires ? Ou bien tu es coincé dans le passé ?

Je n’ai pas de règle : je m’inspire de tout, d’Accept à ABBA. Mais j’essaye de ne pas trop écouter la musique moderne, il n’y a pas grand-chose qui m’intéresse ces dernières années. Mais récemment j’ai découvert PoweWolf. C’est drôle parce que parfois on a l’impression qu’ils s’inspirent de nous alors que d’autres fois c’est l’inverse. On ne vient pas de mondes différents, on a été à la même école du Metal. Il y a aussi un nouveau groupe finlandais dont j’avais écouté le premier album mais le nouveau est vraiment incroyable : Battle Beast. Un groupe finlandais avec une chanteuse. Ce n’est pas du chant mélodique, la chanteuse crie comme Udo Dirkschneider (ndlr : UDO et ex-Accept). Un nouvel album « fan-fucking-tastique ».

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Depuis Art of War, tous vos artworks sont faits par Jobert Mello. Chaque fois les couleurs sont différentes mais l’idée de base, une espèce de blason, est toujours la même. Est-ce que c’est lui qui a eu l’idée et vous l’avez suivie ou … ?

On veut suivre un thème qui dépend de la version que vous achetez. Par exemple, pour Carolus Rex, il y a l’image de Jobert Mello avec la couronne mais il y a aussi l’image du soldat suédois. Là, il s’agit du travail d’un hongrois du nom de Peter Sallai. C’est notre marque graphique. On a des caractéristiques musicales et graphiques. Et c’est cool que, même sans logo nos t-shirts ressemblent quand même à des t-shirts Sabaton. C’est n’est pas un plan très élaboré mais j’aime qu’on suive un même thème.

Comme une alternative au Eddie d’Iron Maiden, par exemple.

Oui mais à la place d’avoir le même personnage, on a le même style graphique.

Et vous prévoyez de continuer comme ça ?

En fait les deux artistes travaillent déjà sur le prochain artwork. Comme le thème est le même nous choisissons chaque fois celui qu’on préfère.

Et vous gardez l’autre pour l’édition spéciale ?

Oui bien sûr ! Ils sont tous les deux très talentueux donc celui qui ne sera pas choisi pour l’album pourra se retrouver sur le LP, l’édition limitée, un t-shirt,…

Parlons d’autre chose que de musique. Vous avez des fans très dévoués, j’en ai rencontrés certains ce matin. L’un d’eux attend ici depuis 11h ce matin, un garçon avec un drapeau que vous voyez partout.  Déjà il y a quelques mois à l’AB, vous aviez dit le reconnaitre.

Il y a beaucoup de gens dont on ne connait pas le nom mais qu’on voit souvent. Au début ça n’arrivait pas parce que nous ne jouions pas souvent mais maintenant on fait 130 à 150 concerts par an. Dans cette partie de l’Europe on joue entre 15 et 20 fois par an, dans des endroits pas si éloignés l’un de l’autre pour peu qu’on ait une voiture. Nos fans sont fidèles. Ceux qui sont ici ce soir étaient peut-être déjà là au Zwart Cross la semaine passée. On parle avec eux quand on les croise en coulisses ou à l’extérieur. Je ne retiens pas beaucoup de noms parce que je suis nul pour ça et c’est parfois très drôle. Dans la plupart des endroits où on joue, en regardant les premiers rangs je me dis « la plupart de ces gens sont loin de chez eux juste pour nous voir ».

Vous avez des fans loyaux mais on a aussi croisé beaucoup de gens qui nous disaient : « Pourquoi Sabaton en tête d’affiche ?». On a remarqué quelques réactions négatives à cette annonce.

Oui, bien sûr. Mais on ne s’en soucie pas, sauf si c’est l’un de nos anciens fans. Les gens qui disent « Sabaton c’est nul» j’ai juste envie de leur répondre « si ça te dérange n’écoute pas et ne viens pas au concert !» En réalité, ce qui me fait peur ce serait que les gens commencent à penser qu’on a fait notre temps, qu’on était mieux avant. C’est vraiment une phobie pour moi et c’est pour ça que vous me voyez en training en ce moment, parce que je m’entraine pour rester en forme. Je ne veux pas devenir gras et ne plus avoir d’énergie sur scène. Le jour où tu cesses de t’améliorer est aussi celui où tu commences à faire marche arrière.

A présent, revenons un an en arrière. Le split qui a eu lieu entre l’enregistrement de Carolus Rex et la tournée vous a-t-il posé problème pour trouver des remplaçants ? Et a-t-il été facile de faire apprendre les chansons aux nouveaux ?

(rire) Oui c’est sûr que ça a été un problème ! L’idée de se séparer est venue à la fin de la tournée World War Tour, les autres ne supportaient plus d’être éloignés de leurs familles et de tourner si intensément. Et pour être francs : certains n’aimaient pas tourner dans des salles à moitiés vides comme en Amérique. Un bon show en Europe attire dans les 6000 personnes alors qu’aux USA c’est plutôt dans les 600 personnes. Ce qui vous laisse imaginer ce que ça peut être quand on n’attire pas beaucoup de monde lors de certaines dates en Amérique. Les américains sont différents de nous : pas de douches ni de coulisses pas exemple. Il nous est arrivé de devoir prendre notre douche sur un parking au milieu de l’Arizona. Disons juste que certaines personnes ne peuvent pas supporter ça pendant un mois.

En tout cas il y a une loi immuable : à 18 ans, tout le monde veut être metalleux, peu importe le prix. Mais ça change vers trente ans, quand tu commences à te marier, avoir des enfants, etc. L’idée de faire 150 concerts par ans et de n’être chez toi que 250 jours par an c’est différent. En parler avec les anciens membres n’a pas été horrible mais ça a été difficile de faire le premier pas. Il valait mieux se séparer car nous voulions des choses différentes : Pär et moi pensions qu’il fallait continuer à tourner intensément alors que les autres voyaient plutôt ça comme un loisir et voulaient à côté un emploi et une vie « normale ». Nous en avons conclu que Sabaton devait continuer. C’est dommage mais si on avait continué avec eux en sachant qu’ils n’étaient pas heureux, ça aurait eu un effet négatif sur tout le monde.

Je n’ai rien de négatif à dire à propos des anciens membres, nous venons tous du même village. Nous n’avons jamais été de bons musiciens et nous avons appris la musique ensemble. A présent nous sommes un groupe bien établi et des musiciens de très bons niveaux nous ont rejoints. Donc, sans vouloir leur manquer de respect, Sabaton est mieux maintenant ! Tant musicalement que scéniquement. Et c’est chaque soir un plaisir de monter sur scène.

Les fans ont bien accueillis les nouveaux ?

Je dois admettre que j’ai sous-estimé nos fans. J’ai vraiment cru qu’ils allaient nous haïr et dire : « va te faire foutre le nouveau ! » On a eu ce genre de réaction, bien sûr, mais c’était très minime. Au début, les gens se disaient «mais c’est qui ceux-là ? » Dans les festivals on voyait les fans hardcore qui fixaient les nouveaux pendant les deux premières chansons puis ils se rendaient compte qu’ils étaient cool et ils les ont adoptés !
J’ai vraiment sous-estimé nos fans puisqu’à présent neuf fans sur dix disent que les nouveaux ont trouvé leurs places. Bien sûr il y  aura toujours des gens qui, peu importe ce qu’ils font, ne les accepteront jamais. Mais encore une fois, c’est une minorité. De plus, les nouveaux musiciens n’ont pas une mais deux ou trois longueurs d’avances sur nous. Ils sont en forme et veulent faire leurs preuves. C’est aussi pour ça que Pär et moi nous sommes dit : « Merde, il faut qu’on se donne encore plus ! »

Je sais que votre batteur, Robban, est remplacé.

Oui, c’est Snowy (ndlr : Shaw) qui joue avec nous.

Est-ce que c’est permanent ?

Aucune idée ! Ca dépend de Robban et de si il veut tourner. Quand il a rejoint Sabaton, il ne savait pas encore qu’il allait être papa mais nous en avons discuté et lui avons suggéré de prendre une année sabbatique. Bien sûr, pour le moment il enregistre et joue avec d’autres groupes mais il n’est jamais plus d’une semaine loin de chez lui. Alors que moi je ne suis même pas sûr d’avoir été plus de 100 jours chez moi cette année. Maintenant qu’il a un enfant… C’est à lui de décider. Nous allons en parler avec lui pendant la pause en septembre pour savoir s’il veut revenir ou s’il veut faire un adieu décent à nos fans, un dernier concert.

Une dernière question à propos du split: les anciens membres ont formé un nouveau groupe. Tu as pu écouter ce qu’ils font ?

Certains morceaux mais pas tout. Pour être honnête, j’ai écouté leur EP à sa sortie et ça ne m’a pas du tout impressionné. Mais j’ai entendu des extraits de l’album et c’était étonnamment bon.

Revenons au présent. Vous venez d’annoncer la sortie de votre CD/DVD Swedish Empire Live.

Enfin ! On essaye de sortir un vrai DVD depuis notre premier concert à Hof Ter Lo (ndlr : ancien nom du Trix d’Anvers) en 2007 !

Oui, pourquoi cela a-t-il pris tant de temps ?

On a toujours une partie des images de ce concert mais on avait beaucoup de caméras automatiques accrochées au plafond. Il fallait en plus accrocher les lumières parce qu’il y avait d’autres groupes qui jouaient et du coup nos caméras n’étaient plus à la bonne hauteur. Seules les caméras manuelles ont pu avoir des images finalement, les automatiques ont été masquées par les lumières. Nous avions prévu huit caméras et seulement deux ou trois ont été exploitables. On ne pouvait pas se permettre de vendre ça sur un DVD. Mais on a gardé les images pour en faire des bonus.

Ça aurait été stupide de n’utiliser que les images des caméras manuelles car alors personne n’aurait vu Daniel (ndlr : Mullback) et Daniel (ndlr : Myrh) jouer de la batterie et du clavier parce que seules les caméras automatiques étaient pointées sur eux.

Maintenant vous avez de bonnes images, avec quatre sets différents. Pourquoi ne pas avoir fait un seul spectacle mélangeant plusieurs concerts ?

Nous nous sommes dit qu’après avoir si souvent échoué, notre DVD devait être le «motherfucker of all DVD’s ! » Certains morceaux sont les mêmes, par exemple Primo Victoria est joué tous les soirs. Parfois, on laisse les fans choisir et ils ne choisissent pas les mêmes chansons à Londres qu’en Pologne. Le truc cool avec le concert de Göteborg c’est que tous les extraits de Carolus Rex sont joués en suédois. Certains fans veulent entendre plus de morceaux en suédois mais ils sont une minorité. Donc, s’ils veulent entendre du suédois, c’est l’occasion. 6000 personnes dans la même salle qui chantent en suédois c’est agréable à voir.

C’est pour ça que nous avons décidé de mettre ce concert en entier mais je crois qu’il n’est disponible qu’avec la version collector. La version normale de base ne propose que le concert de Woodstock et un best-of de plusieurs shows.

Nous n’avons encore rien vu alors comment allez-vous nous convaincre d’acheter le DVD ?

Je n’ai pas besoin de vous convaincre : lorsque nous publierons le trailer, chacun se fera son idée. C’est à nous de faire de notre mieux sur scène pour que les gens achètent et je pense que nous nous en sommes bien sorti. J’en suis sûr… Je n’ai jamais été aussi sûr ! (rire)

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Vous avez déjà faits plusieurs choses spéciales pour la Belgique : le DVD qui n’est malheureusement jamais sorti, le double concert pour la tournée Coat of Arms en 2010, la «Last Battle of the World War Tour[ » en 2011,…

Oui, en 2011 c’était d’ailleurs le tout dernier concert que nous avons fait avec le line-up originel.

Vous avez souvent dit  que les fans belges étaient spéciaux pour vous. Est-ce que c’est toujours le cas ? Ou avez-vous trouvez quelque part où les fans sont encore plus dévoués ?

Physiquement dévoués au point de s’entretuer pendant les concerts oui : au Mexique et en Pologne. Mais à part la Suède, il y a peu d’endroits comme la Belgique où les metalleux purs et durs viennent faire la fête dans la bonne humeur. De plus les gens chez vous parlent généralement bien l’anglais donc ils réagissent à tout ce que je dis. Nous avons le même humour. Je peux me lâcher et danser sur scène sur YMCA. Ici vous en rigolez mais dans certaines parties du monde si je fais une blague sur les gays les gens s’en vont.

Vous savez qu’on est là pour faire la fête sans se blesser. Les fans belges viennent pour s’amuser et boire. Il n’y a pas de bagarres, pas de Wall of Death monstrueux où la moitié du public se retrouve écrasée. J’adore cette ambiance ! Ça peut sembler bizarre mais j’aime quand le public n’est pas trop fou. Bien sûr j’adore jouer devant un public fou mais il faut qu’ils soient tous fous sinon ça finit avec des blessures. J’adore jouer en Belgique : vous parlez facilement avec les gens, vous rigolez à mes blagues, je n’ai pas peur de faire des blagues de merde et les gens rentrent chez eux dans la bonne humeur.

A propos de blagues : pour beaucoup de gens, votre concert du Graspop en 2010 a marqué les esprits parce que tu as montré ta bite. Qu’elles sont les choses folles que tu as faites sur scène ?

Et bien, je pensais que ma bite ne passerait jamais à l’écran (rire). Il faut croire que je me suis fait remarquer !
C’est drôle que tu me demandes ça parce que la semaine passée on jouait en République Tchèque et j’ai déchiré mon pantalon. Ça m’arrive parfois parce que je fais des fentes (ndlr : le mouvement ou il s’accroupit en tendant une jambe) sur scène et ça me fait rire, un « airco » pour pénis ! Plus mon pantalon se déchire et plus les gens rigolent. Donc on jouait en République Tchèque et ma mère était là. Je me suis tourné vers Snowy, j’ai sorti ma bite et j’ai fait l’hélicoptère avec. Le public n’a rien vu mais Snowy s’est mis à rire comme un fou et je me suis alors souvenu que ma mère était sur le côté de la scène, à huit mètres de moi. (rire) Je ne suis pas toujours des plus malins.

Je me souviens aussi qu’au Graspop 2010 tes parents étaient là donc tu ne pouvais pas jurer en anglais.

En réalité ils s’en foutent et ils en rigolent avec moi. Evidemment ce n’est pas leur plus grande fierté et ils ne vont pas dire « Hé, regardez c’est mon fils» quand je sors mon pénis mais je pense que ça ne leur pose pas de problème et qu’ils sont habitués.

Et quelle est la chose la plus bizarre que tu aies vue dans le public ?

Oh, il y a eu beaucoup, beaucoup de choses. Je me souviens d’un truc vraiment étrange avec les gens du premier rang. Il y a quelques années en Norvège  un couple a fait l’amour à un de nos concerts. Ça a commencé avec le mec qui doigtait sa copine tout en me faisant signe avec son pouce. Quand je suis revenu vers eux, il était derrière elle et il l’avait attrapée contre la barrière. Je me suis demandé quoi et il m’a fait le signe (il fait un cercle avec son index et son pouce et passe un autre doigt au milieu).

Vous passez huit heures ici à Lokeren. Comment occupez-vous vos journées quand vous ne répondez pas aux questions des journalistes ?

Nous avons commencé par nous lever tard, nous avons fait un long voyage et je dors mal dans le tour bus. Généralement je ne dors que six ou sept heures. Ensuite on a pris un petit déjeuner rapide avant de se mettre au travail. Il y a pleins de choses à faire comme répondre aux mails, écrire de la musique, s’entrainer, rencontrer nos fans, répondre à des interviews voir même prévoir le reste du voyage.  Mais j’essaye aussi, avant chaque concert, de me garder une heure pour moi. Si je suis fatigué j’en profite pour dormir. Bien sûre parfois on a une séance photo à faire mais c’est généralement juste avant le show. La dernière heure avant le concert il faut me laisser tranquille sauf s’il se passe quelque chose d’important. Bon parfois aussi je me contente de prendre un café, je ne prévois rien à l’avance.

Tu as un rituel spécial avant de monter sur scène ?

Non, rien de spécial. Comme je l’ai dit j’ai juste besoin d’une heure ou une heure et demie pour faire ce que je veux. Quand je suis de bonne humeur j’en profite pour rencontrer des gens mais quand je suis fatigué je suis bien content d’avoir ce temps pour moi. C’est difficile de trouver du temps pour soi en tournée.

Quand vous avez un jour de congé entre deux concerts, vous en profitez pour faire du tourisme ou bien vous faite comme si c’était une journée normale de travail ?

Ça change à chaque fois et ça dépend de où on est. Quand il y a quelque chose qu’on veut voir et qu’on en a l’occasion nous le faisons mais aujourd’hui on reprend le bus directement. Il va nous déposer à Düsseldorf et de là on prend l’avion pour aller chez nous, nous préparer pour le Sabaton Open Air parce qu’on va y jouer l’album Art of War en entier cette année. Après ça : direction le studio ! Nous avons nos claviers sur bande actuellement et je vais les modifier pour les améliorer. Nous allons faire ça avec Peter (ndlr : Tägtgren) qui a trouvé un peu de temps pour nous.

Après ça on part en Espagne, puis au Bloodstock et après ça on rentre chez nous répéter pour les derniers jours de la tournée. On ne sait jamais ce qu’il va se passer. Hier par exemple on a eu une journée de congé au Wacken. On en avait besoin : notre signing session a été longue. La séance de dédicaces a duré 2h30 et a empiété sur deux concerts.  Je suis allé sur scène chanter All We Are avec Doro. En descendant de scène je me suis demandé où étaient les autres et ils m’ont dit qu’ils étaient encore en train de signer !  Okay, je retourne signer. Signatures, signatures, quelques bières puis je pars chanter Rebellion avec Grave Digger. A ce moment il restait encore des fans dans la file mais j’ai dû les laisser en m’excusant.

Ce jour là, vendredi, ça a été mouvementé : j’ai pris l’avion à 7h du matin – ça veut dire être à l’aéroport à 5h – et j’ai donc dû prendre ma douche à 3h30. C’était extrême, même pour nous. La journée a duré 22h !

Et tu peux vivre de ta musique ?

On n’est pas millionnaires mais on vit dignement. Je n’ai pas assez pour m’acheter une Porsche mais selon les normes suédoises je gagne autant qu’un électricien ou que n’importe quel travail de ce genre.

Pourquoi t’es-tu mis à la musique et quand ?

J’ai commencé l’orgue à 10 ans, sur un Hammond. J’ai donc notamment joué de l’orgue à l’église. Je ne suis pas religieux mais j’adore le son puissant des orgues d’églises. Je pense aussi que c’est à cause de mes années passées dans la chorale de l’église que nous avons tant de chœurs dans notre musique. Si vous regardez les changements d’harmonies : à la place des harmonies qui se déplacent tout le temps, les nôtres sont très statiques avec parfois une ou deux très proches qui peuvent se déplacer ensemble. C’est très typique des musiques d’églises et c’est l’une des marques de fabrique de Sabaton. C’est assez ironique mais notre musique découle de la musique religieuse.

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Tu donnes souvent tes lunettes pendant les concerts : tu en as une boite en tournée ?

Oui. Les fabricants de ces lunettes sont très sympas : chaque année ils m’en donnent une paire par concert. Je reçois donc chaque fois entre cent et deux-cent paires et quand je vois quelqu’un de particulièrement cool dans le public je lui donne mes lunettes comme trophée. Ou bien, s’il y a un jeune enfant, je les lui donne en souvenirs comme c’est surement son premier concert de Heavy Metal. Ça ne coute rien et tout ce que j’ai à faire en retour c’est envoyer au fabricant des photos de moi en train de porter les lunettes sur scène.

Pour finir, il y a une question que je pose toujours en interview : nous, les belges, sommes fières de nos bières. Que connais-tu des bières belges et y en a-t-il une que tu trouves particulièrement bonne ?

Pour être honnête, vous aller me détester : il y a vraiment beaucoup de choses que j’aime en Belgique mais la bière : non ! (rire) Je suis vraiment désolé. En fait j’en ai essayé certaines comme la Leffe ou la Duvel mais je n’aime pas leurs gouts et leurs styles.

Et la Stella ou la Jupiler ?

La Stella est une bonne bière (ndlr : ha bon ?) mais son genre n’est pas typiquement belge. Une des meilleures bières sans alcool est d’ailleurs la Stella sans alcool. Dans ce sens-là oui, mais si on parle des bières belges je pense plutôt à un genre particulier. Je préfère la bière britannique ou tchèque.

Tant que tu ne dis pas que tu préfères la bière hollandaise, ça va.

Non je ne dirais jamais ça ou alors juste sur scène pour voir vos réactions. Pour voir si vous allez essayer de me tuer (rire).

Bon alors je retourne à mes questions. Un dernier mot pour les lecteurs ?

Ça c’est quelque chose ! A peu près 50% des gens qui m’interrogent me posent cette question et je ne sais jamais quoi répondre. On pourrait croire qu’avec le temps j’aurais pu trouver une formule toute faite à ressortir à chaque fois  mais je déteste ça. Ça serait parfait pour les interviews mais alors je finirais comme Joey DeMaio (ndlr : Manowar) à répéter toujours la même chose.

Bon évidemment quand je trouve quelque chose de drôle je le répète pendant plusieurs concerts. Mais une fois que j’ai fait ma blague quelques fois je m’en lasse.

Nous avons donc trouvé la pire question à te poser. Merci de nous avoir consacré du temps.

Après l’interview, quelques questions nous sont revenues en tête. Heureusement, Sabaton est très accessible et la bassiste Pär Sundström a répondu à deux dernières questions pour nous.

ParBelgium2013

En 2012 vous aviez tourné un clip mais il a disparu. Que s’est-il passé ?

On ne sait pas. Le producteur ne nous a plus répondu depuis un an. C’est vraiment dommage parce que les images étaient magnifiques.

Allons-nous revoir Sabaton en Belgique avant la sortie du nouvel album ?

Non désolé mais les Lokerse Feesten étaient malheureusement notre seule date chez vous en 2013. On verra bien comment ça va s’arranger pour 2014.

–OrmaGodden–

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